La confiance au travail ne se décrète pas. Elle se construit progressivement, à travers des pratiques managériales cohérentes qui permettent à chacun de savoir ce qu’il peut attendre de l’autre.
Un recrutement, une nomination ou une nouvelle délégation ouvre une relation faite de promesses réciproques. Mais ces promesses ne suffisent pas. Pour qu’elles deviennent une confiance durable, managers et collaborateurs doivent apprendre à mieux se connaître, clarifier leurs engagements, développer l’autonomie nécessaire, suivre l’action sans l’étouffer et tirer ensemble les enseignements des résultats obtenus.
C’est l’objectif du cycle PRASA, qui réunit cinq principes complémentaires : Proximité, Responsabilisation, Autonomisation, Suivi et Analyse collective des performances.
Cet article propose une synthèse du chapitre « Le management par la confiance : définition et principes directeurs », publié dans L. Karsenty (coord.), Comment concilier management de la performance et bien-être au travail ?, Octarès Éditions, 2015.

La confiance se construit dans l’action
Manager par la confiance ne signifie ni laisser faire, ni renoncer aux exigences ou au suivi. La confiance devient possible lorsque le manager peut se rassurer sur la capacité d’un collaborateur à réaliser le travail attendu, et lorsque ce collaborateur dispose lui-même de raisons solides de croire qu’il sera soutenu, reconnu et traité avec équité.
Les cinq principes PRASA répondent à cette double exigence. Chacun contribue à sécuriser la relation, mais aucun ne produit durablement ses effets s’il est appliqué isolément.
Les cinq principes du cycle PRASA
1. Proximité : mieux connaître l’autre et le travail réel
La proximité repose sur des rencontres régulières, une écoute mutuelle et un dialogue portant sur les situations concrètes de travail. Elle permet au manager comme au collaborateur d’affiner leur connaissance de l’autre : ses compétences, ses contraintes, ses attentes, ses priorités et sa manière de réagir face aux difficultés.
Cette proximité est moins une question de distance physique que de qualité de relation. Elle suppose de la disponibilité, une véritable capacité d’écoute, une compréhension partagée de l’activité et une réponse suffisamment réactive aux problèmes soulevés. Elle évite que les décisions managériales reposent sur des représentations trop éloignées du travail réel.
La proximité, lorsqu’elle s’appuie sur des rencontres régulières, a un autre effet : elle permet, à l’occasion d’échanges débordant du cadre du travail, de connaitre l’autre au-delà de sa seule fonction. Cette connaissance prend toute son importance quand l’un doit prévoir ce que l’autre pourrait faire dans une situation nouvelle : en connaissant ce qui le motive, ce qui l’attire ou au contraire le repousse, ses compétences développées hors travail, il est possible de former des attentes sur ses choix ou ses réactions face à certaines situations possibles. Ces attentes, lorsqu’elles sont positives, sont essentielles pour accorder sa confiance.
2. Responsabilisation : clarifier ce qui est confié
Responsabiliser ne consiste pas à transférer une charge puis à se retirer. Il s’agit d’aider une personne à prendre des responsabilités en partageant clairement les objectifs, les résultats attendus et les risques liés à son action.
Le périmètre d’action, les décisions possibles, les règles à respecter et les moyens disponibles doivent être explicites. Lorsque les conditions nécessaires ne sont pas entièrement réunies, manager et collaborateur doivent pouvoir reconnaître une part de coresponsabilité. Confier une responsabilité sans les ressources ou les marges de manœuvre correspondantes expose à l’échec et fragilise la confiance.
3. Autonomisation : développer la capacité d’agir
La responsabilisation définit ce qu’une personne doit assumer ; l’autonomisation lui permet d’acquérir la capacité d’initiative, de discernement et d’organisation nécessaire pour y parvenir. L’autonomie n’est donc pas simplement accordée : elle se construit avec l’expérience et le développement des compétences.
Le manager reste disponible comme soutien, aide à identifier les risques et associe les collaborateurs à l’amélioration des règles et des modes opératoires. Il reconnaît aussi un droit à l’erreur lorsque la personne a cherché à agir au mieux dans le cadre convenu. Une erreur analysée peut alors devenir une source d’apprentissage plutôt qu’un motif de retrait immédiat de l’autonomie.
4. Suivi : soutenir et ajuster sans reprendre le contrôle
L’autonomie n’exclut pas le suivi. Elle exige au contraire un suivi adapté à l’enjeu de la mission, à l’expérience du collaborateur et à son niveau d’autonomie. Trop de contrôle étouffe l’initiative ; trop peu de suivi peut laisser la personne seule face aux difficultés et nuire également à la confiance.
Un suivi utile apporte des retours précis, reconnaît ce qui fonctionne et permet de réorienter l’action si nécessaire. Il doit être exercé avec compétence et bienveillance. À mesure que l’autonomie progresse, le manager peut encourager davantage l’autocontrôle et le contrôle croisé entre collègues, afin que la qualité et la maîtrise des risques ne reposent pas uniquement sur lui.
5. Analyse collective des performances : apprendre des résultats
La confiance peut être menacée si l’un n’obtient pas les résultats attendus par l’autre. Pour éviter une dégradation de la confiance qui ne serait liée qu’à une interprétation trop hâtive de résultats inattendus voire décevants, il est crucial d’engager une phase d’analyse collectives des performances.
L’analyse des performances ne doit pas se limiter à comparer un résultat à un indicateur. Elle doit permettre de comprendre comment le travail a été réalisé, quels efforts ou ajustements ont été nécessaires et quelles difficultés ont influencé le résultat.
Lorsque les objectifs sont atteints, cet échange est très important car il a le pouvoir de rendre visible les initiatives et les apprentissages de l’autre pour réussir à obtenir des résultats. Lorsqu’ils ne le sont pas, il évite de chercher trop vite un responsable ou une solution simpliste. Manager et collaborateurs peuvent analyser ensemble les causes de l’écart, mettre en discussion les indicateurs utilisés et rechercher des améliorations réalistes. Les enseignements tirés nourrissent alors un nouveau cycle de responsabilisation et d’autonomie.
Pourquoi parler d’un cycle ?
Les cinq principes se renforcent mutuellement. La proximité améliore la connaissance réciproque et permet de confier des responsabilités plus justement. Ces responsabilités appellent un développement de l’autonomie, accompagné par un suivi adapté. L’analyse collective des résultats consolide les apprentissages, ajuste les attentes et enrichit à son tour la connaissance mutuelle.
Le cycle peut alors recommencer sur un périmètre plus adapté. À mesure que la confiance se confirme dans les actes, le collaborateur peut assumer de nouvelles responsabilités et disposer de davantage d’autonomie. La confiance devient ainsi le résultat d’une dynamique concrète, et non d’une déclaration d’intention.
Cinq questions pour engager le cycle PRASA
- Avons-nous des échanges suffisamment réguliers sur le travail réel, ses contraintes et ses aléas ?
- Les responsabilités, les objectifs, les risques et les marges de décision sont-ils clairement partagés ?
- Le niveau d’autonomie demandé correspond-il aux compétences et aux moyens disponibles ?
- Le suivi apporte-t-il un soutien utile sans créer de contrôle excessif ?
- Analysons-nous collectivement les résultats et la manière dont ils ont été obtenus ?
Ces questions peuvent être utilisées pour analyser une situation managériale précise, préparer une délégation ou faire évoluer progressivement le fonctionnement d’une équipe.
Mettre le cycle PRASA en mouvement
Il n’est pas nécessaire de transformer toutes les pratiques managériales en même temps. Le point de départ peut être une responsabilité à clarifier, une difficulté récurrente ou une situation dans laquelle le niveau de contrôle n’est plus adapté. L’essentiel est d’agir progressivement sur les cinq dimensions de façon cohérente et de suivre leurs effets sur le travail et la qualité relationnelle entre manager et collaborateurs.
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